Camille Bloomfield
1er semestre : lundi 12h-15h
Espaces et formes du sonnet
Inventé au XIIIe siècle par le poète italien Giacomo da Lentini, le sonnet est devenu une forme canonique, non seulement pour la poésie française, mais aussi, entre autres, pour les poésies italienne et anglaise. En perpétuelle évolution, modulée à chaque occasion selon les traditions poétiques et linguistiques, elle fut pratiquée constamment par les plus grands : les poètes dits « classiques » (Pétrarque, Shakespeare, Ronsard) comme les « modernes » (Mallarmé, Rimbaud), et même les contemporains (Jacques Roubaud, l’Oulipo), qui n’hésitent pas à l’extraire de son carcan originel. Étudier le sonnet dans ses différents espaces d’application permettra d’aborder quelques questions plus générales : une forme, si célèbre soit-elle, peut-elle suffire à garantir la poéticité d’un texte, voire sa littérarité ? Comment se font les échanges entre les différents champs littéraires ? Le sonnet peut-il être considéré comme une forme « européenne », en existe-t-il d’autres ?
Seront étudiés des textes de Pétrarque, Shakespeare, John Donne, Ronsard, Goethe, Mallarmé, Andrea Zanzotto, Aragon, l’Oulipo.
Vincent Message
1er semestre : mardi 12h – 15h
La révolution moderniste : Joyce – Proust – Faulkner
Le modernisme, qui connaît son apogée dans les années 1910 à 1930, représente un véritable tournant pour l’art romanesque. Marquée par la théorie de la relativité d’Einstein et par les découvertes freudiennes de l’inconscient, la littérature moderniste rompt avec la linéarité des romans du XIXe siècle et bouleverse les modes de représentation du réel. Joyce, Proust et Faulkner placent la conscience subjective au cœur de la narration. Retraçant les sensations et les pensées de leurs personnages, ils montrent combien le moi est une réalité complexe, faite de doutes et d’ambiguïtés, soumise au passage du temps, travaillée par le double jeu de la mémoire et de l’oubli. Les nouvelles techniques que ces romanciers inventent au cours de ces années décisives, comme le flux de conscience ou le récit à points de vues multiples, ont eu une influence considérable sur l’évolution du genre. En étudiant Le bruit et la fureur, le monologue de Molly Bloom qui clôt Ulysse ou les déchirements du narrateur proustien confronté à la fuite d’Albertine, on verra que ces textes expérimentaux ouvrent la voie de la modernité littéraire car ils supposent une forme de lecture différente, où le lecteur participe de façon plus active à la production du sens.
Bibliographie provisoire
- William Faulkner,
Le bruit et la fureur, trad. Maurice-Edgar Coindreau, Folio, Gallimard 1972
- William Faulkner,
Tandis que j’agonise, trad. Maurice Edgar Coindreau, Folio, Gallimard 1973
- James Joyce,
Ulysse, Folio, nouvelle traduction sous la direction de Jacques Aubert, Gallimard 2004
- Marcel Proust,
Albertine disparue, Folio classique, Gallimard 1990
Études critiques
- Peter Childs :
Modernism, Londres, Routledge, 2000
- Jean-Louis Chrétien :
Conscience et roman, I ; La conscience au grand jour, Minuit, 2009.
- Dorrit Cohn,
La Transparence intérieure. Modes de représentation de la vie intérieure dans le roman, Seuil, 1981
- Anne Herschberg-Pierrot,
Stylistique de la prose, Belin, 2003
- Michel Raimond,
Le roman, Armand Colin, 2002, voir en particulier Chapitre 11. Le point de vue (127-140) et Chapitre 14. Les personnages (171-178)